
Tu t’entraînes sérieusement, tu manges « plutôt sainement »… et pourtant tu es fatiguée en permanence, tes règles sont devenues irrégulières ou ont disparu, et tu enchaînes les blessures. On met souvent ça sur le compte du stress ou d’un « gros bloc d’entraînement ». Mais il peut s’agir d’un syndrome encore trop méconnu, y compris des sportives elles-mêmes : le syndrome RED-S.
Cet article se concentre sur les sportives, mais le RED-S concerne aussi les hommes : j’y reviens plus bas.
Le syndrome RED-S, c’est quoi ?
RED-S signifie Relative Energy Deficiency in Sport, soit déficit énergétique relatif dans le sport. Il survient quand l’organisme ne reçoit pas assez d’énergie pour couvrir à la fois ses besoins vitaux (hormones, os, immunité, digestion, cœur…) et la dépense liée à l’entraînement.
Face à ce manque, le corps se met en mode économie : il réduit les fonctions qu’il juge « non essentielles à court terme », comme la reproduction ou le renouvellement osseux.
Le terme, proposé par le Comité International Olympique (CIO), a remplacé l’ancienne « triade de la femme athlète » (déficit énergétique, troubles des règles, fragilité osseuse). Il est plus large : il concerne aussi les hommes et touche bien plus que ces trois axes.
Un point important : ce n’est pas forcément une question de « manger trop peu volontairement ». Le déficit peut aussi être involontaire : charge d’entraînement qui augmente plus vite que l’alimentation, appétit coupé par l’effort, contraintes du quotidien. Cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y a jamais de trouble du comportement alimentaire derrière : c’est parfois le cas. Si tu te reconnais dans cette situation, n’hésite pas à en parler à un professionnel de santé (médecin, psychologue, diététicien).

Le piège du rapport poids/puissance

Dans beaucoup de disciplines, la performance se joue sur un rapport poids/puissance : monter plus vite en trail, tenir sur une voie d’escalade avec un minimum de poids à porter, gagner en vitesse en course à pied. L’idée est simple : être plus léger, à force égale, permet d’aller plus loin ou plus vite. Cette logique est présente en permanence dans la tête de l’athlète, dans les conversations au départ d’une course, dans les commentaires sur les réseaux sociaux, parfois dans l’entourage sportif.
Le piège, c’est qu’à force de chercher à « alléger la machine », on peut réduire son apport énergétique sans s’en rendre compte, ou oublier d’ajuster son alimentation quand l’entraînement augmente. Le déficit s’installe, la performance finit par baisser, et le corps en paie le prix : hormones, os, tendons, immunité.
Une sportive ou un sportif en bonne santé, correctement nourri, performera toujours mieux qu’un athlète léger mais en déficit d’énergie. La bonne performance à long terme repose sur un corps qui a de quoi fonctionner, pas sur un chiffre sur la balance.
Pourquoi les sportives sont particulièrement concernées
Chez la femme, l’axe hormonal (cerveau, ovaires) est très sensible à la disponibilité énergétique. Quand l’énergie manque, la production des hormones sexuelles, notamment les œstrogènes, diminue. Les conséquences :
- Des cycles perturbés : règles irrégulières, espacées, ou absentes (aménorrhée).
- Une fragilité osseuse : les œstrogènes protègent l’os. Leur baisse, associée au manque d’énergie, réduit la densité osseuse et augmente le risque de fractures de fatigue.
- Un impact durable : à l’adolescence et chez la jeune adulte, c’est la période où l’on construit son « capital osseux » pour la vie.
⚠️ L’absence de règles n’est pas « normale » parce qu’on s’entraîne beaucoup. C’est un signal d’alerte, pas un signe de bonne forme.
Le RED-S ne touche pas que les femmes

Même si cet article se concentre sur les sportives, les hommes sont aussi concernés. Chez eux, le manque d’énergie peut entraîner une baisse de la testostérone, une baisse de la libido, une fatigue persistante, une moins bonne récupération, des blessures à répétition et une fragilité osseuse avec un risque de fractures de fatigue.
Le problème, c’est qu’ils n’ont pas de « signal » aussi visible que les règles qui disparaissent chez la femme. Le RED-S est donc encore plus souvent passé sous silence chez les sportifs, notamment dans les sports d’endurance comme le trail ou le triathlon, où la légèreté est parfois valorisée. Si tu es un sportif et que tu te reconnais dans les signes décrits plus bas, n’hésite pas à en parler à ton médecin.
Les signes qui doivent alerter
Le RED-S est souvent silencieux au début. Quelques signaux :


- Règles irrégulières, très espacées ou absentes
- Chez l’homme : baisse de libido, baisse d’énergie inhabituelle
- Fatigue persistante, récupération lente
- Baisse de performance malgré un entraînement régulier
- Blessures à répétition, tendinopathies, fractures de fatigue (tibia, métatarse, col du fémur…)
- Maladies fréquentes (rhumes, infections à répétition)
- Frilosité, cheveux ou ongles fragiles, troubles digestifs
- Irritabilité, baisse de moral, troubles du sommeil, obsession du « poids de forme »
- Perte de poids ou de masse grasse inexpliquée, ou difficulté à maintenir son poids malgré une alimentation qui te semble suffisante
Attention : un poids normal ne protège pas du RED-S. Beaucoup de sportives et de sportifs en déficit énergétique n’ont pas l’air « maigres » et ne perdent pas forcément de poids. C’est pourquoi on se fie à l’ensemble des signes, et non à la balance ou au miroir.
Pris isolément, aucun de ces signes n’est spécifique. C’est leur association, chez un sportif ou une sportive, qui doit faire penser au RED-S.
Existe-t-il des tests pour savoir si je suis concernée ?
Il existe des questionnaires de dépistage qui permettent d’estimer le risque de déficit énergétique :
- le LEAF-Q (Low Energy Availability in Females Questionnaire), conçu pour les sportives
- le LEAM-Q (Low Energy Availability in Males Questionnaire), son équivalent pour les sportifs.
Ils portent sur les cycles menstruels (pour les femmes), les blessures, les troubles digestifs et la fatigue. Ils ne posent pas de diagnostic : ils indiquent si un risque est possible et s’il vaut la peine d’aller plus loin. Si le résultat t’alerte, ou même s’il est rassurant mais que tu as des doutes, parles-en à un professionnel de santé, qui pourra faire le bilan complet (les médecins utilisent pour cela des outils cliniques plus poussés).
Attention aux fausses pistes
Des règles irrégulières peuvent avoir d’autres origines : SOPK, troubles thyroïdiens, endométriose, périménopause, etc. Il ne s’agit donc pas de s’auto-diagnostiquer. Le bon réflexe : en parler et faire évaluer la situation par des professionnels de santé.
Quel est le rôle du chiropracteur dans le RED-S ?
Le RED-S ne se « soigne » pas par une manipulation, et je ne pose pas de diagnostic hormonal ni nutritionnel. Mais au cabinet, je suis souvent en première ligne :

- Les douleurs d’os, de tendons et d’articulations à répétition ou les suspicions de fracture de fatigue sont un motif de consultation fréquent chez les sportifs.
- Lors du bilan, j’interroge sur la charge d’entraînement, la récupération, les cycles, la fatigue, ce qui permet de repérer les situations à risque.
- Si je suspecte une fragilité osseuse ou une fracture de fatigue, j’adapte ma prise en charge (techniques douces, pas de contrainte sur la zone douloureuse) et je t’oriente rapidement vers un médecin pour une imagerie et un bilan complet.
La prise en charge du RED-S repose sur une équipe : médecin (du sport ou généraliste), gynécologue, diététicien(ne) ou nutritionniste du sport, parfois psychologue, avec un objectif central : restaurer une disponibilité énergétique suffisante et adapter la charge d’entraînement.
Combien de temps faut-il pour s’en remettre ?
Il faut le dire clairement : la récupération demande du temps. Rétablir une disponibilité énergétique suffisante, retrouver des cycles réguliers, une bonne énergie et, surtout, reconstruire l’os se fait progressivement, sur plusieurs mois, parfois plus d’un an selon les personnes et la durée du déficit. La santé osseuse est souvent le paramètre le plus lent à récupérer.
C’est normal, et ce n’est pas un signe d’échec. L’important est d’être accompagnée, de rester patiente et de ne pas reprendre l’entraînement à pleine charge trop vite.
Ce que tu peux faire dès maintenant
- Ne banalise pas l’absence ou l’irrégularité des règles, surtout si tu t’entraînes beaucoup.
- Alimente-toi en fonction de ton entraînement, pas seulement de ta faim du moment : plus tu dépenses, plus tu dois manger, surtout autour des séances et en préparation de course.
- Respecte tes jours de repos et ton sommeil.
- Parle-en à ton médecin ou à ta gynécologue si tu reconnais plusieurs signes.
- Consulte au cabinet si tu as des douleurs osseuses ou tendineuses qui reviennent malgré le repos.

Le RED-S n’est pas une fatalité : plus il est repéré tôt, plus la récupération est simple. Elle demande du temps et un bon accompagnement, mais elle est possible.
🎧 Pour aller plus loin : écoute l’épisode
Le podcast Hors Sentiers consacre un épisode au syndrome RED-S et aux troubles du comportement alimentaire dans le trail, avec la diététicienne-nutritionniste du sport Marion Counil et le traileur pro Thomas Butez. Un échange à écouter pour comprendre le sujet dans sa globalité, chez les femmes comme chez les hommes.
